L.CORNELIVS.L.F.P.N.SVLLA.FELIX - Lucius Cornelius Lucius Filius Publius Nepos Sulla Felix/Lucius Cornelius, fils de Lucius, petit-fils de Publius, Sulla Felix (prononcer Loukious Kornélious Swouélla) est né un jour d'automne à Rome, probablement début décembre, en l'an de Rome 615 (-139). Sa date de naissance exacte est le 12 novembre -139 julien (date sûre et vérifiée: voir ici). Dans le calendrier romain, Velleius Paterculus nous précise que Sylla est élu consul à l'âge de 49 ans et d'autres confirment que Sylla avait 50 ans le jour de son intronisation au consulat. Les élections consulaires de fin 89 se déroulant fin novembre, Sylla est donc né en décembre -139 romain.

La gens cornelia

Lucius Sulla est un patricien de l'illustre gens Cornelia. En effet, un Cornelius a fait partie des cent premières familles qui se sont installées à Rome. Sous la République, on dénombre huit grandes familles Cornelii patriciennes: Scipio, Lentulus, Cinna, Dolabella, Merula, Cethegus, Sisenna et Sulla. Chez les Sulla, depuis cinq générations, on n'accède plus au consulat. Il faut remonter à l'arrière-grand-père de Sylla pour trouver un préteur. Les Sulla disparaissent ensuite de la chronique politique romaine et du sénat. Pourtant, la famille essaye d'entretenir sa grandeur passée et vit dans le culte de ses glorieux ancêtres. Le grand-père de Lucius n'a peut-être pas vécu assez longtemps pour maintenir la famille au rang sénatorial, et lorsqu'il décède, il laisse ses deux fils, Publius et Lucius, avec bien peu d'argent pour accéder au cursus honorum.

Cornelius Sulla père, effectue son service militaire comme tout bon citoyen romain. Trop jeune pour participer au siège de Carthage, il ne s'engage pas avec Scipion Emilien pour aller à Numance. Cornelius se marie jeune avec une femme dont nous ne connaissons hélas pas le nom. Ensemble, ils ont trois enfants: Cornelia, Lucius et Publius. Mais la famille est pauvre. Bien qu'appartenant à l'ordre de la noblesse sénatoriale, Cornelius Sulla est un "déclassé". Ne pouvant subvenir aux besoins et à l'éducation de ses deux fils, Cornelius se résoud à se séparer de son second fils et à le faire adopter par une famille plus riche. Cependant, sa femme décède, et Cornelius Sulla réalise cette fois une belle alliance en épousant une riche plébéienne. Grâce à ce remariage, la chance revenait dans la maison des Sulla. Alors que Rome est en guerre en Ibérie, en Asie, le roi Attale III décède en 621 (-133) et cède son royaume de Pergame à Rome. Mais son demi-frère Aristonicos conteste ce testament. La guerre avec Rome est déclarée. Il faut lever une nouvelle armée et cette fois, Cornelius Sulla s'engage. Il se rend alors en Asie, sans doute avec un grade d'officier. Sur place, ses supérieurs lui confient une mission. Il doit se rendre dans le royaume du Pont et demander des renforts militaires au roi Mithridate V Evergète. Cornelius Sulla parvient à obtenir les renforts demandés. En échange de son aide, le roi du Pont obtient des territoires, et l'amitié personnelle de Cornelius Sulla. Aristonicos finit par être battu à Stratonicée du Caïque en 625 (-129) par le consul Marcus Perperna.

Une education romaine

Lucius Cornelius, qui a perdu sa mère relativement jeune, reçoit l'éducation typique d'un aristocrate romain. Toutefois, à l'époque des Gracques, l'éducation des patriciens est de plus en plus confiée aux esclaves. Sa mère, puis sa belle-mère s'occupe de lui jusqu'à ses 7 ans, puis normalement, le père prend lui-même en charge l'éducation de son fils. Cependant, Cornelius Sulla étant en Asie, sa belle-mère, qui le considère comme son propre fils, veille à sa stricte éducation et le confie à des professeurs compétents. Mais Sylla, d'un naturel acerbe et querelleur, ne montre pas un réel intérêt pour les études et se plaît plus à travailler le chant et l'éducation physique. En outre, le jeune Sylla est un grand rêveur. Il sait qu'il possède d'illustres ancêtres dans sa famille: des dictateurs, des consuls, de grands chefs de guerre, des prêteurs qui ont créés des Jeux en l'honneur d'Apollon. Tous ces grands personnages font rêver le jeune Sylla qui aura le devoir de les imiter plus tard pour respecter la tradition ancestrale et familiale. Le destin de Sylla est déjà tracé: il se voit déjà consul pour redorer le blason familial, voire même général, comme l'un de ses ancêtres qui a vaincu les Macédoniens. Bref, le jeune Sylla rêve de gloire et de triomphe.

Le jeune Sylla

Cependant, avant cela, l'éducation des jeunes romains est dure. L'éducation physique tient une grande place et, comme la noblesse et l'armée romaine sont fondées sur la propriété terrienne, un jeune patricien doit tout connaître de la terre. Sa première formation est donc agronome et il est courant qu'un père envoie son fils s'endurcir à la campagne à accomplir des travaux aux champs. L'éducation religieuse est aussi très importante. Très superstitieux, les nobles romains accordent une grande importance aux signes des dieux et ils doivent faire preuve d'une grande piété. Mais c'est l'éducation civique qui tient la plus grande place: un citoyen romain doit être totalement dévoué à sa cité; Rome passe avant tout. Les notions de virtus, dignitas et auctoritas sont aussi très importante. Et pour exercer une fonction dans le cursus honorum, le jeune noble recevait aussi un enseignement très poussé en droit.

Au retour de son père, Sylla entre dans l'adolescence et perd sa relative liberté sous l'influence du pater familias. Les relations entre les deux sont tendues, Sylla étant un jeune homme particulièrement rebelle et épris de liberté. En outre, ironique et persiffleur, doté d'un tempérament colérique, Lucius Sulla devait provoquer bien des bagarres avec ses camarades d'école et n'était pas le dernier à se battre. Ajoutons à cela que Sylla avait un don naturel pour la comédie, ce qui fait qu'il arrivait très bien à cacher ses véritables pensées. Par chance, le jeune Sylla possède une très bonne mémoire et retient tout ce qu'il apprend. A l'adolescence, Sylla reçoit un enseignement en grammaire (de 12 à 14 ans), puis en rhétorique (de 15 à 17 ans). Le grammaticus enseigne et commente les auteurs grecs, le rhetor enseigne l'éloquence.

Un citoyen de Troisieme classe

Alors que Sylla a aux alentours de 16 ans, son père décède. Cornelius Sulla, sans doute revenu d'Asie avec un petit pécule d'argent, a rapidement dépensé sa nouvelle fortune. A sa mort, il ne lui restait rien. Lucius Sylla est donc un jeune noble désargenté. Sa belle-mère continue d'assurer son éducation jusqu'à ses 17 ans, lorsqu'il quitte la toge praetexta pour revêtir la toge virile.

Une insula

Pour Sylla, ses rêves glorieux s'effondrent. Plus de cursus honorum et de carrière politique. Il est condamné à l'anonymat et à vivre dans la Subura. Cependant, il semble que le jeune Sylla ait trouvé un moyen de subsister. En effet, pour faire partie de la première classe des quelques 314 000 citoyens recensés à l'époque, il fallait avoir une fortune, ou cens, estimée à plus de un million d'as, soit 250 000 sesterces. Or, une anecdote rapporté par Plutarque peut nous permettre d'estimer la fortune de Sylla à l'époque de sa jeunesse: ''Plus tard, alors qu'il était déjà tout-puissant et qu'il faisait périr une foule de citoyens, un fils d'affranchi, qu'on soupçonnait de donner asile chez lui à un des proscrits, et qui allait être pour cela précipité de la roche Tarpéienne, lui reprocha qu'ils avaient habité longtemps dans la même maison, dont lui-même il louait le haut deux mille sesterces, et dont Sylla tenait le bas pour trois mille''. Le jeune Sylla vivait donc au rez-de-chaussée d'un immeuble et payait un loyer annuel de 3 000 sesterces. D'après cette information, certains estiment que Sylla gagnait 9 000 sesterces par an, soit 750 sesterces par mois. Sylla devait donc appartenir à la troisième classe des citoyens, pour laquelle il fallait justifier d'une fortune de 12 500 sesterces.

Sylla louait donc un appartement dans une insula de la Subura. D'où lui venait cet argent? De quelques terres qu'il avait réussi à acquérir? D'un travail comme juriste, écrivain public ou autre? Sans doute Sylla était-il un client de quelques nobles importants. Il possédait quelques esclaves pour assurer sa domesticité et conservait précieusement les masques de ses ancêtres.

LA QUESTION DU service militaire

Sylla a-t-il fait son service militaire? En effet, Salluste nous dit que ''Sylla, quand il arriva en Afrique, au camp de Marius, avec sa cavalerie, n'avait ni connaissance ni expérience de la guerre'', ce qui laisserait supposer que Lucius Cornelius n'ait pas accompli un service militaire actif. A 17 ans, Sylla est inscrit sur les listes des censeurs comme citoyen. Il peut donc s'engager volontairement, ce qui, vu ses faibles revenus, lui permettrait de juste s'engager comme simple soldat, très loin de ses rêves de gloire et de ses ambitions triomphales. Ou alors, il peut attendre d'être appelé. Sylla choisit cette seconde option. Et comme Sylla a beau être relativement pauvre, il continue à être un membre de la noblesse, il a peu de chance de se faire recruter. Cependant, en étant régulièrement inscrit sur les registres de l'armée, il pourra plus tard faire valoir ses années "de présence" pour accèder au cursus honorum.

L'ame d'acteur de Sylla

Privé d'un accès au cursus honorum par manque d'argent, que fait le jeune Sylla pour oublier son statut de déclassé? Lucius Sylla est un jeune débauché, fréquentant les parias de la société romaine, les jeunes nobles faisant honte à leur famille, les nouveaux affranchis, les comédiens, les prostitués, et vivant de théâtre, d'alcool et de libertinage. Bel homme, intelligent et l'esprit vif, avec un charme indéniable, Sylla s'attire de nombreuses sympathies. Sylla fréquente surtout le milieu du théâtre. En effet, les acteurs, tous des hommes, pratiquent la profession la plus mal considérée à Rome. Si un citoyen était surpris à devenir acteur, il était immédiatement déchu de ses droits. Pourtant, Lucius Sylla se sent l'âme d'un acteur. Il chante parfaitement juste et adore ce milieu, les acteurs et leurs rites, leurs vies. Il se met même à écrire quelques pièces. A la tragédie, Sylla préfère la comédie et le goût des farces populaires. A l'époque, les atellanes sont à la mode. Il s'agit de farce bouffonne de courte durée, souvent vulgaire et la plupart du temps improvisée. Dans ces pièces, seuls quatre acteurs masqués montent sur scène: le niais Maccus, le glouton Bucco, le vieil avare Pappus et le bossu malicieux Dossennus. Lors des représentations, tout y passe: derniers ragots populaires, scandales politique, critique de la société, bref la chronique romaine caricaturée.

Une comedie

Pour le railleur Sylla, seul le milieu du théâtre populaire pouvait lui permettre d'exprimer au mieux sa véritable personnalité, et surtout son caractère satirique. La satire, ou la critique sous forme de moquerie, tels étaient les goûts préférés du jeune Sylla. Acteur aimant se dissimuler derrière un masque, provocateur, critique et réaliste, tel était le fond de son caractère. Et au milieu des mimes et des bouffons jouant les atellanes, aux milieux des rires populaires, Lucius Sulla se sentait vraiment à son aise. Pour preuve, les étranges statues qu'un navire rapportait du pillage Athènes, butin de guerre personnel de Sylla, et retrouvées au fond de l'eau: un bouffon d'une repoussante laideur, une nabote, des danseurs et des pitres, avec des rictus et des contorsions irrésistibles.

Sylla n'aimait pas que partager la vie des acteurs. Il avait aussi quelques amants dans ce milieu. A cette époque, la plupart des riches Romains étaient bisexuels. Il était naturel d'avoir plusieurs expériences dans sa jeunesse et nombreux sont ceux qui avaient des relations avec de jeunes amants. Une seule règle à suivre: ne pas avoir de relation avec un citoyen romain; tout le reste était toléré, même s'il était mal vu de continuer à entretenir une relation avec un jeune homme de plus de 18 ans. Plutarque nous rapporte que Sylla avait à cette époque une relation suivie avec un jeune acteur grec du nom de Metrobios, jouant les rôles de femme. De son côté, Sylla était un jeune homme androgyne, avec une allure efféminée.

Hymne a Dionysos

Le patron du théâtre romain, c'est le dieu Dionysos, aussi dieu du vin, de l'ivresse, des débordements et de la nature. C'est en l'honneur du dieu Dionysos que l'on célébrait par la pratique du rite religieux des orgies, fêtes nocturne et privées au cours desquelles Sylla a du acquérir sa solide réputation de débauché, autant grand amateur de vin que grand amateur de femmes. Dans tous les cas, Sylla appartenait à une association bachique. Il honorait le dieu Dionysos/Bacchus qui promettait la vie éternelle à ses initiés et, plus tard, bien que célébrant officiellement d'autres dieux, il continuera de soutenir et de protéger les disciples de Bacchus.

Une courtisane

Au cours d'une de ces soirées dévouées au culte de Bacchus, Sylla rencontra une riche courtisane grecque, Nicopolis. A l'époque, à Rome, les courtisanes pullulaient. Alors que les matrones restaient sagement à la maison, les courtisanes menaient une vie libre et étaient souvent bien cultivées. Certaines parvenaient à obtenir une situation sociale en vue, jusqu'à devenir très riche, ce qui était le cas de cette Nicopolis. Nicopolis signifie en grec ''ville de la victoire''. Nous pouvons supposer que cette courtisane, l'une des plus riches de Rome, cachait son véritable nom depuis longtemps derrière un pseudonyme évoquant la guerre et les légions en campagne. Nicopolis était déjà âgée et profitait désormais de sa fortune et de sa réputation. Sans doute avait-elle fréquentée divers sénateurs, qui avaient payés très cher ses services, au cours de sa ''carrière'', ce qui en faisait une femme instruite et intéressante… Les courtisanes riches étaient bien tolérées dans la société romaine car elles faisaient preuve de piété et offraient de substantiels dons aux temples et autres œuvres de charité. Côté religion, les courtisanes rendaient aussi un culte à Bacchus, ainsi, il est fort probable que Sylla ait rencontré Nicopolis au cours d'une célébration rendue au dieu du vin.

Une vie au-dessus de ses moyens

Qui peut dire ce qui arriva à Sylla à ce moment là, sinon qu'il tomba amoureux de Nicopolis. Cette courtisane était cependant très au-dessus de ses moyens, il joua donc de ses charmes et de sa sympathie pour s'en faire aimer, ce qui finit par arriver. Rapidement pourtant, les rôles s'inversèrent, et Sylla finit par devenir le jeune amant attitré de Nicopolis. A son contact, Sylla avait tout à gagner: une réputation d'excellent amant, les nouvelles des mœurs sociales et politiques du milieu sénatorial et… de l'argent, car il dépensait beaucoup. Libre penseur, avec ses propres lois morales et sa philosophie réaliste, Sylla apprenait à connaître toutes les couches de la société romaine, à toutes les fréquenter par curiosité et de ce fait, il se faisait partout des amis. ''Avide de plaisir'', comme le dit Salluste, Sylla dépensait sans compter pour assouvir ses diverses passions: vin, théâtre, fêtes… Sylla s'étourdissait dans les plaisirs pour oublier…

Parfois le ton cassant, froid et satirique derrière lequel il se cachait n'échappait pas à Nicopolis, qui a du régler bien plus d'une fois la note des débauches de son amant. Qu'avait donc Sylla? Aimant le luxe, il vivait des largesses de sa maîtresse, se grisait dans le monde du théâtre mais tout cela ne parvenait pas à cacher le mal-être qui l'habitait: Il n'avait pas assez d'argent pour se lancer dans la vie politique et secrètement, Sylla enrageait de voir des Homi Novi, des Hommes nouveaux parti de rien, comme Caius Marius, s'accaparer les postes les plus en vue de la vie romaine, alors que c'était ses ancêtres qui avait aidé au développement de la République. Un de ses aïeuls avait été le dernier dictateur, un autre avait été Flamen Dialis, un autre avait créé les Ludi Apollinari, son père avait été combattre en Asie et lui n'avait pas les moyens de ses ambitions. Et plus encore qu'une vie remplie de plaisir, Sylla rêvait d'une vie remplie de gloire…

Deux heritages

Alors que Sylla était désenchanté et lucide sur sa vie, il continuait à fréquenter Nicopolis plutôt que songer à se marier. D'autre part, il n'avait pas encore totalement abandonné l'idée d'une carrière publique. Toujours est-il que la vie sous la République romaine est courte, très courte même. L'espérance de vie moyenne était de 32-33 ans. Nicopolis avait déjà dépassée la quarantaine, et n'avait pas eu d'enfants. Riche et célibataire, elle pouvait laisser sa fortune à un temple, mais elle songeait déjà à instituer Sylla comme son héritier. Elle le connaissait assez pour savoir qu'il avait continuellement besoin d'argent, sans même parler d'une éventuelle carrière politique, et elle l'aimait assez pour le voir continuer à mener la vie libre à laquelle il aspirait après sa mort. Sans doute Nicopolis tomba-t-elle un jour malade et décéda peu après (en 645/-109). Sylla savait sans doute que Nicopolis était riche; elle devait certainement posséder des commerces, des immeubles, mais Sylla ignorait une bonne partie des affaires de sa maîtresse. A n'en pas douter, Nicopolis devait posséder une fortune dépassant largement les 400 000 sesterces et à la lecture de son testament, Lucius Cornelius a du être ahuri de savoir qu'il était désormais assez riche pour appartenir à nouveau à la première classe des citoyens et surtout, débuter le cursus honorum. Chez les Sulla, de père en fils, la Fortune arrivait par les femmes.

A peu de temps de là, sa belle-mère, qui n'avait pas du avoir d'enfants, décéda aussi. Elle avait aussi laissé un testament en faveur de son beau-fils. Sa fortune devait être bien moins conséquente que celle de Nicopolis, mais aurait du permettre à Sylla d'avoir aussi assez d'argent pour rentrer dans l'ordre équestre.

UnE Mauvaise reputation a faire oublier

Mais voilà, avant toute chose, Sylla doit transformer les affaires et autres commerces de Nicopolis et de sa belle-mère en terre. En effet, dans la société romaine, il est très mal vu pour un patricien de posséder des commerces. Il doit donc tout vendre pour acheter des terres, devenir propriétaire agricole, et commencer à se faire une réputation beaucoup plus respectable et adopter des mœurs plus honnêtes. Fini donc les fréquentations du théâtre, des courtisanes et plus de culte rendu à Bacchus. Lucius Cornelius Sulla veut et peut désormais se montrer digne de ses ancêtres. Ce changement de mœurs s'imposait car pour enregistrer son nouveau statut de citoyen de première classe, Sylla devait passer devant les censeurs et ceux-ci n'admettent que des citoyens honorables, c'est-à-dire possédant une bonne réputation, dans leur rang. Ainsi, lorsque Sylla hérita, deux censeurs étaient en service: Marcus Aemilus Scaurus et Marcus Livius Drusus. Une nouvelle vie commençait pour Sylla.

Un bon mariage

Pour devenir un citoyen respectable, convaincre les censeurs et ses futurs électeurs, Sylla devait songer à réaliser une belle alliance, c'est-à-dire un bon parti à épouser. Lucius Cornelius Sulla était jeune, riche et bel homme, il n'a donc pas du lui être bien difficile de trouver une épouse. Il restait à convaincre un père sénateur de lui confier sa fille, car Sylla devait viser au minimum une fille de sénateur, une patricienne comme lui, pour prouver à tous qu'il appartenait bien à la classe sénatoriale. Sylla l'héritier n'était pas un coureur de dot; il n'avait pas besoin de l'argent de sa femme pour débuter le cursus honorum. Un sénateur ''pauvre'' devant déjà aider ses fils à s'élever pouvait donc plus facilement céder sa fille à Sylla en échange de la renommée de son nom. Alors que d'un côté, Caius Julius Caesar mariait sa fille Julia à Caius Marius en échange d'argent pour aider la carrière de ses deux fils, Lucius Julius Caesar, son frère, mariait ainsi sa fille ou sa nièce Iulia, dite Ilia pour ne pas la confondre avec sa cousine, à Lucius Cornelius Sulla. Les Julius Caesar, comme Sylla, sortaient de l'ombre du sénat pour gravir les marches les plus prestigieuses du cursus honorum

L'alliance julienne

Sylla réussit donc à convaincre Lucius Julius Caesar de lui donner en mariage sa fille ou sa nièce Iulia. Sylla était admis dans une famille sénatoriale, et pour les Julii, une alliance avec un Cornelius d'une lignée comme Sylla était un gage de prestige. Sylla épousa donc Iulia vers 645 (-108). Iulia devait avoir un peu plus de 18 ans, son demi-frère, ou cousin, Quintus plus de 40 ans, Lucius 25 ans et son autre frère, ou cousin, Caius une douzaine d'années. Cette branche de la famille Caesar ne fréquentait pas les ''Julius Marius'', et Sylla n'a jamais rencontré Caius Marius a cette époque. Lucius Cornelius avait tout à apprendre des mœurs sénatoriales, mais comme le reste, il était très intelligent et apprenait vite. Nous supposons qu'il aimait beaucoup sa femme, et Iulia tomba rapidement enceinte. Sylla pouvait désormais penser à se faire élire questeur...